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Nouvelles des Amis -

Chimpanzé du Présent


Sur la planète des humains, on ne pourra pas demander la lune.


Réussir à - par JulienConstant le 11/05/2021 10:14 

Réussir à

Où il est question des prépositions 'à' et 'de' sous l'angle de la présupposition

Depuis sa naissance, l'internet démontre qu'il est, entre autres, un formidable collecteur de faits linguistiques. Malheureusement, aussi une épouvantable caisse de résonance qui appauvrit l'expression, et donc la pensée humaine.

Car c'est la fréquence d'un fait linguistique qui produit son intégration à une langue. Et les paresseux qui évoquent la vie de la langue qu'il faudrait accepter par principe (i.e. les langues sont vivantes !) oublient que le coronavirus,  le cancer, c'est de la vie aussi hélas. Si les langues vivent, ce n'est que par l'emploi qu'en font les humains évidemment.

Or, comme la plupart des contributeurs ne maîtrisent pas vraiment leur langue, et sont soumis sans cesse au matraquage niveleur des médias, les énoncés erronés sont souvent les plus employés, comme sur les ondes notamment. Des millions d'auditeurs entendent ainsi chaque jour les mêmes sottises, prononcées par de doctes animateurs-chroniqueurs-politiciens...  

Et c'est ainsi que se forme la mémoire collective qui s'auto-renforce dans les conversations.


Il est par exemple difficile de dire "à vélo" ; car les orateurs des médias emploient souvent "en vélo" (en 2021, Pascal Praud de Cnews est un parfait exemple de suffisance auto-congratulante) ; donc dans mon entourage, tout le monde dit "en vélo", même si je fais observer, que personne ne dit "en cheval"... Or  il est toujours très mal vu, car perçu comme humiliant, de signaler une erreur de langage.


Concernant 'réussir à', j'ai publié une petite anthologie ici, et je crois avoir réussi à montrer que réussir de + infinitif, dont aucune occurrence n'existe encore à ma connaissance, n'existe pas ; je vous propose d'ailleurs mon explication.

Voir d'abord ce fil sur Wordreference.

- Ludovic Tournès, dans Américanisation livre les clés pour comprendre le destin singulier d’un pays qui a tenté – et partiellement réussi – de prendre possession du monde.    https://www.fayard.fr/histoire/americanisation-9782213705163      Glose : il a tenté de prendre possession et il a réussi à prendre possession...

-  Non sans mal, j’ai réussi à le convaincre.  Vous allez réussir à nous brouiller avec la terre entière.  https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9R2337

-  Obtenir un bon résultat. Réussir dans une entreprise. Réussir du premier coup. —  (transitif indirect) Réussir à. Réussir à un examen (+ INFINITIF). ➙ arriverparvenir. Elle a réussi à me convaincre.  Il a réussi à la vexer  https://dictionnaire.lerobert.com/definition/reussir

-  Oui, la vieille a dit ce qu'il fallait. La merveille est qu'elle ait réussi à lui arracher son secret (Bernanos,Mouchette, 1937, p. 1338). https://www.cnrtl.fr/definition/r%C3%A9ussir

-  [J'étaisécœuré d'avoir tout fait au monde pour être un bon garçon et d'avoir réussi à n'être qu'une poire (Courteline,Article 330, 1900, p. 261). https://www.cnrtl.fr/definition/r%C3%A9ussir

-  De nombreux exemples authentiques sur Linguee ici.

-  Si l'on tient à sa santé, lire un dictionnaire de médecine : on s'estimera heureux si l'on peut réussir à ne mourir que d'une seule maladie à la fois. Léon Brunschvicg

- Ne pas réussir à se sortir d'une situation dans laquelle on s'est mise ; ne pas réussir à se dépêtrer d'une situation dans laquelle on s'est fourré  https://www.expressio.fr/expressions/etre-pris-dans-l-engrenage

-  "Il a finalement réussi à peindre les fenêtres "   http://traduction.sensagent.com/r%C3%A9ussir%20/fr-fr/

Quelques graveurs, surtout M. Marcellin-Legrand, ont cherché et ont réussi en partie à modifier l’œil des sept chiffres grands devenus pour ainsi dire les plus petits (depuis le 3 jusqu'au 9), afin de pallier leur disparate intolérable ; […].. — (A. Frey, Nouveau manuel complet de Typographie, nouvelle édition revue, corrigée & augmentée par M.E. Bouchez, Manuels-Roret, 1857, part.1, p.98)  https://fr.wiktionary.org/wiki/r%C3%A9ussir

-  En réfléchissant différemment sur l’installation des équipements, en refusant d’utiliser les équipements disponibles sur étagère, en traquant les poids inutiles, nous avons réussi à gagner 300 kilos sur le bateau proposé par les architectes. — (Michel DesjoyeauxCoureur des océans, Éditions Odile Jacob, 2009, chap. https://fr.wiktionary.org/wiki/r%C3%A9ussir

-  Mon frère ne réussit jamais à être à l'heure. L'association a réussi à collecter plus 10 000 € pour les enfants d'Afrique. (Wordreference)

Pourquoi "à" et pas "de"

Le premier exemple ci-dessus donne la clé du mystère ; clés que les linguistes ont trouvée il y a bien longtemps. Henri Adamczewski et Gustave Guillaume notamment, ont posé la notion de présupposition, qui préside à de nombreuses opérations de notre pensée.

"il a tenté de prendre possession et il a réussi à prendre possession..."

Il a tenté de : on imagine, on envisage la réussite  : autrement dit on présuppose sa réussite.

Il a réussi à :  la réussite s'est produite (la prédication est actualisée) ; on ne peut pas présupposer ce qui existe déjà
- "Mon frère ne réussit jamais à être à l'heure."  Cet énoncé constate l'échec de mon frère. Sa réussite n'est même pas envisagée. C'est hors de question. Sans espoir. Autrement dit, on n'imagine pas, donc on ne présuppose pas que mon frère puisse être ponctuel.  C'est ce qu'exprime la préposition "à."  On ne peut pas présupposer ce qui n'a aucune chance d'exister (dans l'esprit de celui qui parle évidemment) : 

En résumé, avec 'réussir' la présupposition est impossible, donc toujours 'à'

Récapitulons

de  : présupposition

à :   pas de présupposition

Réussir à - par JulienConstant le 11/05/2021 10:14 

Réussir à

Où il est question des prépositions 'à' et 'de' sous l'angle de la présupposition

Depuis sa naissance, l'internet démontre qu'il est, entre autres, un formidable collecteur de faits linguistiques. Malheureusement, aussi une épouvantable caisse de résonance qui appauvrit l'expression, et donc la pensée humaine.

Car c'est la fréquence d'un fait linguistique qui produit son intégration à une langue. Et les paresseux qui évoquent la vie de la langue qu'il faudrait accepter par principe (i.e. les langues sont vivantes !) oublient que le coronavirus,  le cancer, c'est de la vie aussi hélas. Si les langues vivent, ce n'est que par l'emploi qu'en font les humains évidemment.

Or, comme la plupart des contributeurs ne maîtrisent pas vraiment leur langue, et sont soumis sans cesse au matraquage niveleur des médias, les énoncés erronés sont souvent les plus employés, comme sur les ondes notamment. Des millions d'auditeurs entendent ainsi chaque jour les mêmes sottises, prononcées par de doctes animateurs-chroniqueurs-politiciens...  

Et c'est ainsi que se forme la mémoire collective qui s'auto-renforce dans les conversations.


Il est par exemple difficile de dire "à vélo" ; car les orateurs des médias emploient souvent "en vélo" (en 2021, Pascal Praud de Cnews est un parfait exemple de suffisance auto-congratulante) ; donc dans mon entourage, tout le monde dit "en vélo", même si je fais observer, que personne ne dit "en cheval"... Or  il est toujours très mal vu, car perçu comme humiliant, de signaler une erreur de langage.


Concernant 'réussir à', j'ai publié une petite anthologie ici, et je crois avoir réussi à montrer que réussir de + infinitif, dont aucune occurrence n'existe encore à ma connaissance, n'existe pas ; je vous propose d'ailleurs mon explication.

Voir d'abord ce fil sur Wordreference.

- Ludovic Tournès, dans Américanisation livre les clés pour comprendre le destin singulier d’un pays qui a tenté – et partiellement réussi – de prendre possession du monde.    https://www.fayard.fr/histoire/americanisation-9782213705163      Glose : il a tenté de prendre possession et il a réussi à prendre possession...

-  Non sans mal, j’ai réussi à le convaincre.  Vous allez réussir à nous brouiller avec la terre entière.  https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9R2337

-  Obtenir un bon résultat. Réussir dans une entreprise. Réussir du premier coup. —  (transitif indirect) Réussir à. Réussir à un examen (+ INFINITIF). ➙ arriverparvenir. Elle a réussi à me convaincre.  Il a réussi à la vexer  https://dictionnaire.lerobert.com/definition/reussir

-  Oui, la vieille a dit ce qu'il fallait. La merveille est qu'elle ait réussi à lui arracher son secret (Bernanos,Mouchette, 1937, p. 1338). https://www.cnrtl.fr/definition/r%C3%A9ussir

-  [J'étaisécœuré d'avoir tout fait au monde pour être un bon garçon et d'avoir réussi à n'être qu'une poire (Courteline,Article 330, 1900, p. 261). https://www.cnrtl.fr/definition/r%C3%A9ussir

-  De nombreux exemples authentiques sur Linguee ici.

-  Si l'on tient à sa santé, lire un dictionnaire de médecine : on s'estimera heureux si l'on peut réussir à ne mourir que d'une seule maladie à la fois. Léon Brunschvicg

- Ne pas réussir à se sortir d'une situation dans laquelle on s'est mise ; ne pas réussir à se dépêtrer d'une situation dans laquelle on s'est fourré  https://www.expressio.fr/expressions/etre-pris-dans-l-engrenage

-  "Il a finalement réussi à peindre les fenêtres "   http://traduction.sensagent.com/r%C3%A9ussir%20/fr-fr/

Quelques graveurs, surtout M. Marcellin-Legrand, ont cherché et ont réussi en partie à modifier l’œil des sept chiffres grands devenus pour ainsi dire les plus petits (depuis le 3 jusqu'au 9), afin de pallier leur disparate intolérable ; […].. — (A. Frey, Nouveau manuel complet de Typographie, nouvelle édition revue, corrigée & augmentée par M.E. Bouchez, Manuels-Roret, 1857, part.1, p.98)  https://fr.wiktionary.org/wiki/r%C3%A9ussir

-  En réfléchissant différemment sur l’installation des équipements, en refusant d’utiliser les équipements disponibles sur étagère, en traquant les poids inutiles, nous avons réussi à gagner 300 kilos sur le bateau proposé par les architectes. — (Michel DesjoyeauxCoureur des océans, Éditions Odile Jacob, 2009, chap. https://fr.wiktionary.org/wiki/r%C3%A9ussir

-  Mon frère ne réussit jamais à être à l'heure. L'association a réussi à collecter plus 10 000 € pour les enfants d'Afrique. (Wordreference)

Pourquoi "à" et pas "de"

Le premier exemple ci-dessus donne la clé du mystère ; clés que les linguistes ont trouvée il y a bien longtemps. Henri Adamczewski et Gustave Guillaume notamment, ont posé la notion de présupposition, qui préside à de nombreuses opérations de notre pensée.

"il a tenté de prendre possession et il a réussi à prendre possession..."

Il a tenté de : on imagine, on envisage la réussite  : autrement dit on présuppose sa réussite.

Il a réussi à :  la réussite s'est produite (la prédication est actualisée) ; on ne peut pas présupposer ce qui existe déjà
- "Mon frère ne réussit jamais à être à l'heure."  Cet énoncé constate l'échec de mon frère. Sa réussite n'est même pas envisagée. C'est hors de question. Sans espoir. Autrement dit, on n'imagine pas, donc on ne présuppose pas que mon frère puisse être ponctuel.  C'est ce qu'exprime la préposition "à."  On ne peut pas présupposer ce qui n'a aucune chance d'exister (dans l'esprit de celui qui parle évidemment) : 

En résumé, avec 'réussir' la présupposition est impossible, donc toujours 'à'

Récapitulons

de  : présupposition

à :   pas de présupposition

(11/05/2021 10:14)

Ré-abonnement - par JulienConstant le 15/02/2021 16:44 

Chers amis de la Décroissance,

Ça va faire sept ans que La Décroissance décolonise, désincarcère mon esprit, détruit des certitudes, et m'apporte des connaissances chaque mois. Vous m'aidez à dire, Non, j'ai ma dose, au monde bionique et à... agacer mon entourage. Les vagues successives de Covim[1] ne confineront pas ma liberté de penser. Je renouvelle pour la septième fois mon abonnement.

Dans "les économistes face à la nature" France-Culture interroge[2] Antonin Pottier et Vincent Liegey pour nous resservir le thème de "la croissance sinon rien" en s'appuyant notamment sur une citation de Nicholas Georgescu-Roegen ; mais justement, c'est La Décroissance qui m'a fait connaître cet économiste, et à travers leur "analyse", je ne le reconnais pas. Car il faudrait citer aussi : "l'entropie d'un système clos augmente continuellement (et irrévocablement) vers un maximum ; c'est-à-dire que l'énergie utilisable est continuellement transformée en énergie inutilisable jusqu'à ce qu'elle disparaisse complètement"

Déclinée sous toutes les formes politiques imaginables, la règle inflexible de destruction massive partout sur la planète globalisée, mondialisée, est la dérégulation, celle du libre-échange, de la croissance industrielle du fond de la fosse des Mariannes jusqu'à la planète Mars.

Le rêve de régulation du climat, des espèces, etc., n'est qu'un leurre absurde largement démonté et démontré dans la presse sans publicité, sur la Toile, par les chercheurs et les intellectuels honnêtes de tous les pays, et en particulier par La Décroissance. Ce leurre n'est qu'un anesthésique qui s'accompagne de la dérégulation générale de la vie, intime et sociale ; s'en aperçoivent chaque jour de plus en plus d'humains, mais dans mon entourage on me considère un peu déjà comme un chimpanzé du présent. Une chasse d'eau participative à l'eau de pluie ?  Moteur à l'arrêt dès le véhicule est immobile ?

Les Chimpanzés du futur décrits par Pièces et Main d'œuvre sont déjà dénoncés ; certains d'entre nous le sentent. Mais percevoir notre enrôlement comme rouage du monde des machines reste un défi. Les riches que nous sommes ne seront pas les premiers à le comprendre dans la douleur, mais ça commence à venir, même si nous préférons regarder ailleurs, sur nos écrans qui bavardent pour qu'on ne s'éveille pas.

Jamais l'information n'a été aussi complète, irréfutable, actualisée, disponible. Les livres d'écologie politique alimentent la rubrique Lectures du journal.

Les psychopathes délettrés que nous laissons nous "gouverner" sont déjà connus pour ce qu'ils sont : des criminels de l'humanité. Rien de tel que les commémorations incessantes des horreurs du passé pour masquer celles du présent.

Il n'y a rien à attendre d'eux et de nos innombrables suppliques pétitionnaires, numériques ou cellulosiques. N'en aurait-on pas vu les effets depuis ces quelques décennies où les lanceurs d'alerte sont légions.

Les populations humaines, déplacées, décimées ne sont plus marginales, et "explicables" par la malchance locale. Les guerres, l'immigration ne s'expliquent plus uniquement par des raisons politico-dictatoriales.

Aveuglés par l'ambition, la cupidité, la mégalomanie, le désir de jouir… Et après eux le déluge…, les valets serviles de la folie des super-riches ne changeront rien à leurs plans d'éradication de la vie.

Les cormorans ne sont que de récentes victimes dans la liste non exhaustive et en extension des corps mourants de la sixième extinction massive des espèces. Au fait, à quelle espèce appartiennent donc les personnels politiques ? Car pour être élu, il faut bien un profil génétique nécrosé non ? Et le gouvernement par les machines se précise grâce aux virus biologiques et numériques.

J'ai fortement réduit la lecture divertissement depuis mon abonnement à La Décroissance : moins de temps et d'envie pour me laisser embarquer dans des fictions que la réalité dépasse. La bibliographie et la sitographie fournies sur lesquelles se fonde le journal en sont la raison. J'abonne chaque année des proches, qui ne renouvellent pas forcément leur abonnement.  A ceux qui trouvent la lecture de La Décroissance parfois difficile, rebutante, je dis : la lecture, comme toutes les activités apprises, nécessite beaucoup de pratique pour devenir "facile". Plus on lit, mieux on sait lire, et plus on est curieux de savoir. Encore faut-il faire l'effort d'escalader des pentes de plus en plus raides pour gravir la montagne de la liberté de penser en ces temps de propagande sournoise.

Et je viens de relire un livre fondamentalement utile et facile d'accès : Le Progrès m'a Tué.  Oui, je corrige à dessein le titre où vous avez délibérément emboité le pas à la pensée unique, celle que vous combattez. Oui, je comprends, il s'agit de frapper les esprits en réutilisant ce parallèle maintenant éculé entre un fait divers survenu en juin 1991 et la situation présente du monde. Il s'agit de singer la presse aux ordres et les politiques qui ont initié cette pratique. C'est abracadabrant
[3] ! Malheureusement votre intention s'est perdue, car le second degré ne s'imprime pas, par définition ; il n'existe que dans la culture, c'est-à-dire dans la mémoire de l'actualité. Et vous savez hélas ce qu'il en est de la culture des lecteurs (et des non-lecteurs) aujourd'hui, votre expérience de journalistes vous éclaire à ce sujet, ainsi que notre expérience d'enseignants. Reste donc votre contribution involontaire à la destruction du système des temps grammaticaux du français.

Concrètement, par appauvrissement de la langue, n'ajoutez-vous pas votre pierre au mausolée en construction de la pensée agonisante et de sa libre expression ? La couverture du livre s'affiche sur la Toile et ailleurs, renforçant cette regrettable confusion. Les significations différentes (le programme sémantique) du participe passé et de l'infinitif s'estompent. La Toile et ses forums débiles s'en chargent déjà fort bien ; sans oublier Facebook et consorts.  L'indigence langagière est en pleine croissance et vous participez à votre insu[4] à cette décadence ! Bon, soyons honnête, la tenue stylistique du journal et des contributeurs devrait inspirer bien des minables feuilles publicisées.  Certes, je m'agace parfois d'une "gente" féminine, d'un non stimulant "booster" ou d'un "après qu'il soit". Car produire sa propre pensée libre en échappant à la McDonalisation acharnée de la langue, voilà un combat qui exige une vigilance de chaque instant, et personne ne peut se targuer de ne jamais trébucher dans les sables mouvantes de la propagande.

 

[1] Covim  : maladie du coronavirus. Anglophone, je refuse aussi bien "le Covid" que "la Covid" car le mot disease est neutre, et comme je suis français je dis "Covim". La liberté de penser, implique liberté d'essayer de choisir ses mots au lieu de se soumettre à la novlangue des technobiocrates. C'est amusant de voir l'expression interloquée de mes interlocuteurs.

[3] L'idiotie chiraquienne "abrancadabrantesque" a supplanté "abracadabrant".

On m'objectera que c'est drôle ; c'est vrai, mais ça tue la langue française, c'est drôle aussi hein ?

[4] ​L'idiotie du cycliste "à l'insu de votre plein gré​" a supplanté "à votre insu"

Ré-abonnement - par JulienConstant le 15/02/2021 16:44 

Chers amis de la Décroissance,

Ça va faire sept ans que La Décroissance décolonise, désincarcère mon esprit, détruit des certitudes, et m'apporte des connaissances chaque mois. Vous m'aidez à dire, Non, j'ai ma dose, au monde bionique et à... agacer mon entourage. Les vagues successives de Covim[1] ne confineront pas ma liberté de penser. Je renouvelle pour la septième fois mon abonnement.

Dans "les économistes face à la nature" France-Culture interroge[2] Antonin Pottier et Vincent Liegey pour nous resservir le thème de "la croissance sinon rien" en s'appuyant notamment sur une citation de Nicholas Georgescu-Roegen ; mais justement, c'est La Décroissance qui m'a fait connaître cet économiste, et à travers leur "analyse", je ne le reconnais pas. Car il faudrait citer aussi : "l'entropie d'un système clos augmente continuellement (et irrévocablement) vers un maximum ; c'est-à-dire que l'énergie utilisable est continuellement transformée en énergie inutilisable jusqu'à ce qu'elle disparaisse complètement"

Déclinée sous toutes les formes politiques imaginables, la règle inflexible de destruction massive partout sur la planète globalisée, mondialisée, est la dérégulation, celle du libre-échange, de la croissance industrielle du fond de la fosse des Mariannes jusqu'à la planète Mars.

Le rêve de régulation du climat, des espèces, etc., n'est qu'un leurre absurde largement démonté et démontré dans la presse sans publicité, sur la Toile, par les chercheurs et les intellectuels honnêtes de tous les pays, et en particulier par La Décroissance. Ce leurre n'est qu'un anesthésique qui s'accompagne de la dérégulation générale de la vie, intime et sociale ; s'en aperçoivent chaque jour de plus en plus d'humains, mais dans mon entourage on me considère un peu déjà comme un chimpanzé du présent. Une chasse d'eau participative à l'eau de pluie ?  Moteur à l'arrêt dès le véhicule est immobile ?

Les Chimpanzés du futur décrits par Pièces et Main d'œuvre sont déjà dénoncés ; certains d'entre nous le sentent. Mais percevoir notre enrôlement comme rouage du monde des machines reste un défi. Les riches que nous sommes ne seront pas les premiers à le comprendre dans la douleur, mais ça commence à venir, même si nous préférons regarder ailleurs, sur nos écrans qui bavardent pour qu'on ne s'éveille pas.

Jamais l'information n'a été aussi complète, irréfutable, actualisée, disponible. Les livres d'écologie politique alimentent la rubrique Lectures du journal.

Les psychopathes délettrés que nous laissons nous "gouverner" sont déjà connus pour ce qu'ils sont : des criminels de l'humanité. Rien de tel que les commémorations incessantes des horreurs du passé pour masquer celles du présent.

Il n'y a rien à attendre d'eux et de nos innombrables suppliques pétitionnaires, numériques ou cellulosiques. N'en aurait-on pas vu les effets depuis ces quelques décennies où les lanceurs d'alerte sont légions.

Les populations humaines, déplacées, décimées ne sont plus marginales, et "explicables" par la malchance locale. Les guerres, l'immigration ne s'expliquent plus uniquement par des raisons politico-dictatoriales.

Aveuglés par l'ambition, la cupidité, la mégalomanie, le désir de jouir… Et après eux le déluge…, les valets serviles de la folie des super-riches ne changeront rien à leurs plans d'éradication de la vie.

Les cormorans ne sont que de récentes victimes dans la liste non exhaustive et en extension des corps mourants de la sixième extinction massive des espèces. Au fait, à quelle espèce appartiennent donc les personnels politiques ? Car pour être élu, il faut bien un profil génétique nécrosé non ? Et le gouvernement par les machines se précise grâce aux virus biologiques et numériques.

J'ai fortement réduit la lecture divertissement depuis mon abonnement à La Décroissance : moins de temps et d'envie pour me laisser embarquer dans des fictions que la réalité dépasse. La bibliographie et la sitographie fournies sur lesquelles se fonde le journal en sont la raison. J'abonne chaque année des proches, qui ne renouvellent pas forcément leur abonnement.  A ceux qui trouvent la lecture de La Décroissance parfois difficile, rebutante, je dis : la lecture, comme toutes les activités apprises, nécessite beaucoup de pratique pour devenir "facile". Plus on lit, mieux on sait lire, et plus on est curieux de savoir. Encore faut-il faire l'effort d'escalader des pentes de plus en plus raides pour gravir la montagne de la liberté de penser en ces temps de propagande sournoise.

Et je viens de relire un livre fondamentalement utile et facile d'accès : Le Progrès m'a Tué.  Oui, je corrige à dessein le titre où vous avez délibérément emboité le pas à la pensée unique, celle que vous combattez. Oui, je comprends, il s'agit de frapper les esprits en réutilisant ce parallèle maintenant éculé entre un fait divers survenu en juin 1991 et la situation présente du monde. Il s'agit de singer la presse aux ordres et les politiques qui ont initié cette pratique. C'est abracadabrant
[3] ! Malheureusement votre intention s'est perdue, car le second degré ne s'imprime pas, par définition ; il n'existe que dans la culture, c'est-à-dire dans la mémoire de l'actualité. Et vous savez hélas ce qu'il en est de la culture des lecteurs (et des non-lecteurs) aujourd'hui, votre expérience de journalistes vous éclaire à ce sujet, ainsi que notre expérience d'enseignants. Reste donc votre contribution involontaire à la destruction du système des temps grammaticaux du français.

Concrètement, par appauvrissement de la langue, n'ajoutez-vous pas votre pierre au mausolée en construction de la pensée agonisante et de sa libre expression ? La couverture du livre s'affiche sur la Toile et ailleurs, renforçant cette regrettable confusion. Les significations différentes (le programme sémantique) du participe passé et de l'infinitif s'estompent. La Toile et ses forums débiles s'en chargent déjà fort bien ; sans oublier Facebook et consorts.  L'indigence langagière est en pleine croissance et vous participez à votre insu[4] à cette décadence ! Bon, soyons honnête, la tenue stylistique du journal et des contributeurs devrait inspirer bien des minables feuilles publicisées.  Certes, je m'agace parfois d'une "gente" féminine, d'un non stimulant "booster" ou d'un "après qu'il soit". Car produire sa propre pensée libre en échappant à la McDonalisation acharnée de la langue, voilà un combat qui exige une vigilance de chaque instant, et personne ne peut se targuer de ne jamais trébucher dans les sables mouvantes de la propagande.

 

[1] Covim  : maladie du coronavirus. Anglophone, je refuse aussi bien "le Covid" que "la Covid" car le mot disease est neutre, et comme je suis français je dis "Covim". La liberté de penser, implique liberté d'essayer de choisir ses mots au lieu de se soumettre à la novlangue des technobiocrates. C'est amusant de voir l'expression interloquée de mes interlocuteurs.

[3] L'idiotie chiraquienne "abrancadabrantesque" a supplanté "abracadabrant".

On m'objectera que c'est drôle ; c'est vrai, mais ça tue la langue française, c'est drôle aussi hein ?

[4] ​L'idiotie du cycliste "à l'insu de votre plein gré​" a supplanté "à votre insu"

(15/02/2021 16:44)

Le sexe, ça fait mauvais genre - par JulienConstant le 28/11/2020 19:16 

Le sexe, ça fait mauvais genre

https://charliehebdo.fr/2020/10/economie/francois-lenglet-prophete-de-malheur-de-leconomie/

D’ailleurs, les personnes qui vivent en France et qui ont moins de 40 ans n’ont aucune idée de ce qu’est l’inflation, car ils et elles ne l’ont jamais connue.

La seule période inflationniste dura une grosse décennie, de 1973 à 1986. Soit 13 ans sur les 75 qui nous séparent de 1945, autrement dit un an sur 5, pas vraiment un phénomène fréquent. D’ailleurs, les personnes qui vivent en France et qui ont moins de 40 ans n’ont aucune idée de ce qu’est l’inflation, car ils et elles ne l’ont jamais connue.

Dans cette exemple, on voit que c'est le masculin qui est "protégé" des miasmes du sexisme....    Moi j'aurais mis 'elles', (je suis prof de français, désolé...)  Cette redondance n'apporte qu'une chose : attirer l'attention sur le fait que le rédacteur n'oublie personne. Qu'on ne l'accuse pas de séparatisme, d'ostracisme, de sexisme envers les hommes ?  La langue y pourvoie pour nous, nous le savions jadis, mais qui ne se laisse pas asservir insidieusement ? La liberté d'expression se fait aussi grignoter par là...

Le sexe, ça fait mauvais genre - par JulienConstant le 28/11/2020 19:16 

Le sexe, ça fait mauvais genre

https://charliehebdo.fr/2020/10/economie/francois-lenglet-prophete-de-malheur-de-leconomie/

D’ailleurs, les personnes qui vivent en France et qui ont moins de 40 ans n’ont aucune idée de ce qu’est l’inflation, car ils et elles ne l’ont jamais connue.

La seule période inflationniste dura une grosse décennie, de 1973 à 1986. Soit 13 ans sur les 75 qui nous séparent de 1945, autrement dit un an sur 5, pas vraiment un phénomène fréquent. D’ailleurs, les personnes qui vivent en France et qui ont moins de 40 ans n’ont aucune idée de ce qu’est l’inflation, car ils et elles ne l’ont jamais connue.

Dans cette exemple, on voit que c'est le masculin qui est "protégé" des miasmes du sexisme....    Moi j'aurais mis 'elles', (je suis prof de français, désolé...)  Cette redondance n'apporte qu'une chose : attirer l'attention sur le fait que le rédacteur n'oublie personne. Qu'on ne l'accuse pas de séparatisme, d'ostracisme, de sexisme envers les hommes ?  La langue y pourvoie pour nous, nous le savions jadis, mais qui ne se laisse pas asservir insidieusement ? La liberté d'expression se fait aussi grignoter par là...

(28/11/2020 19:16)

Ecriture inclusive à la SABAM - par JulienConstant le 21/10/2020 11:31 

La SABAM et la CoViD19

Ce qui compte pour les inclusivistes, c'est de signaler leur préoccupation féministe en saupoudrant leur texte de balises inclusives. Peu leur chaut que leur posture ne constitue pas un procédé linguistique naturel, et donc applicable, de la langue, tant à l'écrit qu'à l'oral. 

Et, c'est encore plus vrai chez nos amis belges qu'en France, ils participent activement à l'anglicisation du français (supporteur ne leur "plaît", pas plus que conteneur, etc.)  Dans les deux cas, ils ne se rendent pas compte qu'il s'agit non seulement des femmes, mais aussi de l'humanité : car la liberté commence dans la langue, et l'esclavage aussi.

Plus sur le sujet : L'impossible écriture inclusive

Vous avez peut-être récemment lu dans la presse que la Sabam et PlayRight se présentent devant le Conseil d’État. Cette information est correcte. Notre objectif ? Faire annuler certaines mesures anti-Covid discriminatoires et ainsi offrir des perspectives au secteur culturel et, par corollaire, à vous, nos auteur.e.s.

Où se situe le problème ?

Tout d’abord, nous ne mettons absolument pas en doute l’existence de cette crise ni la nécessité de prendre des mesures afin d’endiguer la propagation du virus. En revanche, nous estimons que les pouvoirs publics ne traitent pas de manière égale les différents secteurs. Par ailleurs, ils n’offrent à l’heure actuelle aucune perspective au secteur culturel alors qu’ils en offrent à d’autres secteurs.

Un exemple ? Les magasins peuvent accueillir un nombre de client.e.s qui est proportionnel à la taille de l’établissement alors que ce facteur n’est pas pris en compte lors d’événements culturels. Ces derniers ne peuvent en effet accueillir qu’un nombre maximum de 200 personnes en salle et de 400 personnes en plein air. Des exceptions à cette règle sont possibles mais la procédure en ce sens est lourde et incertaine. Or, le secteur culturel a justement beaucoup d’expérience dans l’organisation, en toute sécurité, d’événements rassemblant de grands groupes de personnes.

Un autre exemple ? Au début de ce mois-ci, 7.000 supporters supporteur.e.s /supportrices  de nos Diables Rouges ont pu assister, au Stade Roi Baudouin, au match nul de notre équipe nationale de football contre la Côte d’Ivoire. Si vous organisez un concert dans ce même stade, vous ne pouvez accepter que 400 spectateurs. Voilà le problème !

Perspectives et sécurité juridique

Conséquence ? Cela fait des mois déjà que le secteur culturel mange son pain noir. Vous, nos auteur.e.s, peinez à garder la tête hors de l’eau. Et le pire, c’est que vous n’avez aucune perspective. C’est la raison pour laquelle nous allons au Conseil d’État. Nous n’attendons pas de traitement de faveur mais une égalité de traitement avec des règles claires, réalistes et équitables. Nous voulons recevoir des responsabilités et les assumer.

Indépendamment de cette procédure, nous tendons la main aux pouvoirs publics. Nous ne demandons pas mieux que d’entamer avec eux un dialogue constructif et de convenir de règles claires et réalisables qui vous aideront à reprendre le fil de vos activités.

Nous vous tiendrons bien entendu informé.e.s de toute évolution.
 
Bien à vous,

Carine Libert
CEO Sabam

Ecriture inclusive à la SABAM - par JulienConstant le 21/10/2020 11:31 

La SABAM et la CoViD19

Ce qui compte pour les inclusivistes, c'est de signaler leur préoccupation féministe en saupoudrant leur texte de balises inclusives. Peu leur chaut que leur posture ne constitue pas un procédé linguistique naturel, et donc applicable, de la langue, tant à l'écrit qu'à l'oral. 

Et, c'est encore plus vrai chez nos amis belges qu'en France, ils participent activement à l'anglicisation du français (supporteur ne leur "plaît", pas plus que conteneur, etc.)  Dans les deux cas, ils ne se rendent pas compte qu'il s'agit non seulement des femmes, mais aussi de l'humanité : car la liberté commence dans la langue, et l'esclavage aussi.

Plus sur le sujet : L'impossible écriture inclusive

Vous avez peut-être récemment lu dans la presse que la Sabam et PlayRight se présentent devant le Conseil d’État. Cette information est correcte. Notre objectif ? Faire annuler certaines mesures anti-Covid discriminatoires et ainsi offrir des perspectives au secteur culturel et, par corollaire, à vous, nos auteur.e.s.

Où se situe le problème ?

Tout d’abord, nous ne mettons absolument pas en doute l’existence de cette crise ni la nécessité de prendre des mesures afin d’endiguer la propagation du virus. En revanche, nous estimons que les pouvoirs publics ne traitent pas de manière égale les différents secteurs. Par ailleurs, ils n’offrent à l’heure actuelle aucune perspective au secteur culturel alors qu’ils en offrent à d’autres secteurs.

Un exemple ? Les magasins peuvent accueillir un nombre de client.e.s qui est proportionnel à la taille de l’établissement alors que ce facteur n’est pas pris en compte lors d’événements culturels. Ces derniers ne peuvent en effet accueillir qu’un nombre maximum de 200 personnes en salle et de 400 personnes en plein air. Des exceptions à cette règle sont possibles mais la procédure en ce sens est lourde et incertaine. Or, le secteur culturel a justement beaucoup d’expérience dans l’organisation, en toute sécurité, d’événements rassemblant de grands groupes de personnes.

Un autre exemple ? Au début de ce mois-ci, 7.000 supporters supporteur.e.s /supportrices  de nos Diables Rouges ont pu assister, au Stade Roi Baudouin, au match nul de notre équipe nationale de football contre la Côte d’Ivoire. Si vous organisez un concert dans ce même stade, vous ne pouvez accepter que 400 spectateurs. Voilà le problème !

Perspectives et sécurité juridique

Conséquence ? Cela fait des mois déjà que le secteur culturel mange son pain noir. Vous, nos auteur.e.s, peinez à garder la tête hors de l’eau. Et le pire, c’est que vous n’avez aucune perspective. C’est la raison pour laquelle nous allons au Conseil d’État. Nous n’attendons pas de traitement de faveur mais une égalité de traitement avec des règles claires, réalistes et équitables. Nous voulons recevoir des responsabilités et les assumer.

Indépendamment de cette procédure, nous tendons la main aux pouvoirs publics. Nous ne demandons pas mieux que d’entamer avec eux un dialogue constructif et de convenir de règles claires et réalisables qui vous aideront à reprendre le fil de vos activités.

Nous vous tiendrons bien entendu informé.e.s de toute évolution.
 
Bien à vous,

Carine Libert
CEO Sabam

(21/10/2020 11:31)

défendre la visibilité des femmes à travers le langage - par JulienConstant le 09/10/2020 11:05 

« Si l’on veut défendre la visibilité des femmes à travers le langage, tout est affaire d’intelligence et de contexte »

TRIBUNE
Patrick Charaudeau

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/07/17/si-l-on-veut-defendre-la-visibilite-des-femmes-a-travers-le-langage-tout-est-affaire-d-intelligence-et-de-contexte_5490409_3232.html

Linguiste, chercheur au CNRS, professeur émérite à l’université Paris XIII et spécialiste de l’analyse des discours

Linguiste, chercheur au CNRS, Patrick Charaudeau réplique, dans une tribune au « Monde », au texte précédemment publié le 12 juillet par Eliane Viennot et Benjamin Moron-Puech en faveur de « l’écriture égalitaire ».Publié le 17 juillet 2019 à 14h17 - Mis à jour le 17 juillet 2019 à 14h26 


Tribune. La question de l’égalité dans la langue revient périodiquement, comme un serpent de mer, au gré de divers mouvements revendicatifs. Encore faut-il que l’on veuille bien en discuter sans esprit partisan avec des arguments de raison. Ce n’est pas le cas de la tribune intitulée « Les noms “autrice”, “officière”, “professeuse”… existent depuis des siècles. Ils avaient juste été condamnés par des idéologues masculinistes », parue dans Le Monde du 12 juillet.

Je ne reviendrai pas sur la question de la féminisation des noms de métier qui vient d’être acceptée par l’Académie française, ce dont on ne peut que se réjouir : la sociologie des professions change, leur dénomination également. Je ne reviendrai pas non plus sur la fameuse formule qui dit qu’en cas d’accord « c’est le masculin qui l’emporte sur le féminin », formule malheureuse qui témoigne, en effet, d’un certain esprit passé quant à la position de supériorité de l’homme sur la femme.

On doit cependant rappeler qu’une règle s’impose au chercheur en sciences humaines et sociales : éviter les anachronismes. L’histoire explique mais ne justifie pas. Une grammaire n’est pas la langue, mais une description de la langue, dépendante du système de pensée prévalant à chaque époque. Cela dit, cette question d’accord ne fait plus problème dans la mesure où l’on peut effectivement procéder à l’accord par proximité, d’ailleurs tout aussi discriminatoire.

Débat sur le genre et le neutre
Quatre questions restent cependant en suspens : le genre grammatical est-il le sexe ; existe-t-il un neutre en français ; le mot « homme » ne désigne-t-il que le sexe masculin ; le point médian est-il une solution cohérente et praticable ?

Etymologiquement, le mot « genre » (genus, generis) a d’abord désigné l’origine, la naissance puis, collectivement, l’espèce : le genre humain. Ce n’est qu’en lui attribuant les qualificatifs de masculin et féminin qu’apparaît l’opposition des deux genres. Dans cette filiation, le genre, masculin ou féminin, ne correspond qu’à une catégorie grammaticale. C’est sous l’influence de l’expression gender studies anglo-saxonne, que s’est opérée la confusion entre genre grammatical et genre sexué.

La question du neutre, elle, est fortement discutée en linguistique. Pour les uns, le neutre se situe dans l’histoire des transformations phonétiques à partir du latin qui comprenait de telles formes. Mais il s’est trouvé que, en français, les finales « um », « ud » des neutres latins se sont transformées en « o » puis en « e » comme les formes de l’accusatif masculin, alors que l’espagnol, le portugais et l’italien ont maintenu les oppositions « o » pour le masculin, « a » pour le féminin.

Pour d’autres, il n’y a pas en français de forme neutre spécifique, il ne peut donc s’agir que d’un genre « par défaut ». Mais, à la limite, peu importe qu’existe ou non une forme neutre dans la grammaire française, ce qui importe est le phénomène général de « neutralisation » qui, dans certains cas, abolit l’opposition masculin-féminin.

Des droits de l’homme aux droits humains
C’est le cas des mots à valeur générique, collective et typifiante. Le mot « individu » a une valeur générique qui neutralise l’opposition masculin-féminin, et point n’est besoin de lui adjoindre une marque de féminin. Les mots, sous forme plurielle, qui ont une valeur collective, neutralisent également l’opposition : un énoncé comme « Les étudiants sont convoqués pour l’examen à 9 heures du matin » englobe les deux catégories masculin et féminin. Point n’est besoin ici de marquer les deux genres, ce qui serait nécessaire dans d’autres contextes, comme : « Les étudiants seront convoqués à 9 heures et les étudiantes à 10 heures ».

Les mots typifiants, quant à eux, correspondent au cas où est désigné un état qualitatif qui englobe un ensemble d’individus : le Français, le propriétaire, le patron, l’ouvrier, l’étudiant, désignent une catégorie, une espèce, lorsque, évidemment, le contexte le justifie. Il en est ainsi du mot « homme », issu du latin hominem, qui a d’abord signifié « être humain », « espèce humaine », avec un sens générique, puis a pris aussi le sens spécifique d’« être masculin », lors de la disparition du mot « vir » qui exprimait la masculinité virile.

Ainsi est tout à fait justifiée l’expression « droits de l’homme », même si on veut lui préférer « droits humains », et les femmes n’ont pas à se sentir exclues. De même, lorsqu’il s’agit de parler, en robotique, de « l’homme augmenté », ou lorsqu’on déclare que « l’homme a quelque chose de l’animal », il s’agit bien là de l’espèce qui, en l’occurrence, n’a pas besoin d’être spécifiée quant au genre.

Affaire d’intelligence et de contexte
En fait, si l’on veut défendre la visibilité des femmes à travers le langage, tout est affaire d’intelligence et de contexte. Par exemple, dans une annonce d’emploi, on indiquera que celui-ci concerne les deux catégories d’individu en marquant le genre : « cherche ingénieur(e) en intelligence artificielle », ou « cherche ingénieur, homme ou femme ». En revanche, il ne sera pas nécessaire de le marquer dans : « cherche responsable de projet », car il s’agit d’une qualité et non pas d’un métier.

Autre exemple, dans cet article de journal : « Jeanne L., 84 ans, (…) et son ami Paul P., 67 ans, ont été tués avec une sauvagerie inouïe », Jeanne ne disparaît pas du fait de la forme « tués » : le générique collectif joue à plein son rôle, et elle n’est pas « invisibilisée ». De même, dire que « la ministre de l’enseignement supérieur fait partie des techniciens issus de la société civile nommés au gouvernement », n’exclut pas la ministre de la fonction de technicien, indifférente au genre.

Procédé de neutralisation
Reste la question de l’usage du point médian. Outre qu’une telle pratique poserait de graves problèmes aux enfants en âge d’apprendre à lire et écrire, et qu’elle perturbe la fluidité de la lecture, son usage est contre-productif. En effet, dans la longue histoire de la ponctuation, le point indique une clôture et une séparation. Il ne joue donc pas un rôle d’alternance, comme le voudrait l’écriture inclusive.

En revanche, la parenthèse, elle, joue bien ce rôle puisqu’elle signifie mise en facteur commun (comme en mathématique), dans « chèr(e) s collègues ». Le point médian a donc le triple inconvénient de bouleverser graphiquement la chaîne écrite, de troubler l’orthographe, de jouer un rôle autre que celui de marquer l’alternance.

Il est évident qu’il faut éviter toute discrimination dans la façon de parler, car il s’agit bien, non pas de la langue, mais des façons de parler. Cependant, ce doit être en utilisant avec intelligence les ressources et les possibilités qu’offre l’acte de langage, dont le procédé de neutralisation.

Patrick Charaudeau est auteur notamment du 

débat public. Entre controverses et polémique ; Enjeu de pouvoir, enjeu de vérité (Lambert-Lucas, 2017) 
et de 

La Grammaire du sens et de l’expression, (Hachette, 1992, rééditée par Lambert-Lucas en 2018).

Patrick Charaudeau (Linguiste, chercheur au CNRS, professeur émérite à l’université Paris XIII et spécialiste de l’analyse des discours)
 

défendre la visibilité des femmes à travers le langage - par JulienConstant le 09/10/2020 11:05 

« Si l’on veut défendre la visibilité des femmes à travers le langage, tout est affaire d’intelligence et de contexte »

TRIBUNE
Patrick Charaudeau

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/07/17/si-l-on-veut-defendre-la-visibilite-des-femmes-a-travers-le-langage-tout-est-affaire-d-intelligence-et-de-contexte_5490409_3232.html

Linguiste, chercheur au CNRS, professeur émérite à l’université Paris XIII et spécialiste de l’analyse des discours

Linguiste, chercheur au CNRS, Patrick Charaudeau réplique, dans une tribune au « Monde », au texte précédemment publié le 12 juillet par Eliane Viennot et Benjamin Moron-Puech en faveur de « l’écriture égalitaire ».Publié le 17 juillet 2019 à 14h17 - Mis à jour le 17 juillet 2019 à 14h26 


Tribune. La question de l’égalité dans la langue revient périodiquement, comme un serpent de mer, au gré de divers mouvements revendicatifs. Encore faut-il que l’on veuille bien en discuter sans esprit partisan avec des arguments de raison. Ce n’est pas le cas de la tribune intitulée « Les noms “autrice”, “officière”, “professeuse”… existent depuis des siècles. Ils avaient juste été condamnés par des idéologues masculinistes », parue dans Le Monde du 12 juillet.

Je ne reviendrai pas sur la question de la féminisation des noms de métier qui vient d’être acceptée par l’Académie française, ce dont on ne peut que se réjouir : la sociologie des professions change, leur dénomination également. Je ne reviendrai pas non plus sur la fameuse formule qui dit qu’en cas d’accord « c’est le masculin qui l’emporte sur le féminin », formule malheureuse qui témoigne, en effet, d’un certain esprit passé quant à la position de supériorité de l’homme sur la femme.

On doit cependant rappeler qu’une règle s’impose au chercheur en sciences humaines et sociales : éviter les anachronismes. L’histoire explique mais ne justifie pas. Une grammaire n’est pas la langue, mais une description de la langue, dépendante du système de pensée prévalant à chaque époque. Cela dit, cette question d’accord ne fait plus problème dans la mesure où l’on peut effectivement procéder à l’accord par proximité, d’ailleurs tout aussi discriminatoire.

Débat sur le genre et le neutre
Quatre questions restent cependant en suspens : le genre grammatical est-il le sexe ; existe-t-il un neutre en français ; le mot « homme » ne désigne-t-il que le sexe masculin ; le point médian est-il une solution cohérente et praticable ?

Etymologiquement, le mot « genre » (genus, generis) a d’abord désigné l’origine, la naissance puis, collectivement, l’espèce : le genre humain. Ce n’est qu’en lui attribuant les qualificatifs de masculin et féminin qu’apparaît l’opposition des deux genres. Dans cette filiation, le genre, masculin ou féminin, ne correspond qu’à une catégorie grammaticale. C’est sous l’influence de l’expression gender studies anglo-saxonne, que s’est opérée la confusion entre genre grammatical et genre sexué.

La question du neutre, elle, est fortement discutée en linguistique. Pour les uns, le neutre se situe dans l’histoire des transformations phonétiques à partir du latin qui comprenait de telles formes. Mais il s’est trouvé que, en français, les finales « um », « ud » des neutres latins se sont transformées en « o » puis en « e » comme les formes de l’accusatif masculin, alors que l’espagnol, le portugais et l’italien ont maintenu les oppositions « o » pour le masculin, « a » pour le féminin.

Pour d’autres, il n’y a pas en français de forme neutre spécifique, il ne peut donc s’agir que d’un genre « par défaut ». Mais, à la limite, peu importe qu’existe ou non une forme neutre dans la grammaire française, ce qui importe est le phénomène général de « neutralisation » qui, dans certains cas, abolit l’opposition masculin-féminin.

Des droits de l’homme aux droits humains
C’est le cas des mots à valeur générique, collective et typifiante. Le mot « individu » a une valeur générique qui neutralise l’opposition masculin-féminin, et point n’est besoin de lui adjoindre une marque de féminin. Les mots, sous forme plurielle, qui ont une valeur collective, neutralisent également l’opposition : un énoncé comme « Les étudiants sont convoqués pour l’examen à 9 heures du matin » englobe les deux catégories masculin et féminin. Point n’est besoin ici de marquer les deux genres, ce qui serait nécessaire dans d’autres contextes, comme : « Les étudiants seront convoqués à 9 heures et les étudiantes à 10 heures ».

Les mots typifiants, quant à eux, correspondent au cas où est désigné un état qualitatif qui englobe un ensemble d’individus : le Français, le propriétaire, le patron, l’ouvrier, l’étudiant, désignent une catégorie, une espèce, lorsque, évidemment, le contexte le justifie. Il en est ainsi du mot « homme », issu du latin hominem, qui a d’abord signifié « être humain », « espèce humaine », avec un sens générique, puis a pris aussi le sens spécifique d’« être masculin », lors de la disparition du mot « vir » qui exprimait la masculinité virile.

Ainsi est tout à fait justifiée l’expression « droits de l’homme », même si on veut lui préférer « droits humains », et les femmes n’ont pas à se sentir exclues. De même, lorsqu’il s’agit de parler, en robotique, de « l’homme augmenté », ou lorsqu’on déclare que « l’homme a quelque chose de l’animal », il s’agit bien là de l’espèce qui, en l’occurrence, n’a pas besoin d’être spécifiée quant au genre.

Affaire d’intelligence et de contexte
En fait, si l’on veut défendre la visibilité des femmes à travers le langage, tout est affaire d’intelligence et de contexte. Par exemple, dans une annonce d’emploi, on indiquera que celui-ci concerne les deux catégories d’individu en marquant le genre : « cherche ingénieur(e) en intelligence artificielle », ou « cherche ingénieur, homme ou femme ». En revanche, il ne sera pas nécessaire de le marquer dans : « cherche responsable de projet », car il s’agit d’une qualité et non pas d’un métier.

Autre exemple, dans cet article de journal : « Jeanne L., 84 ans, (…) et son ami Paul P., 67 ans, ont été tués avec une sauvagerie inouïe », Jeanne ne disparaît pas du fait de la forme « tués » : le générique collectif joue à plein son rôle, et elle n’est pas « invisibilisée ». De même, dire que « la ministre de l’enseignement supérieur fait partie des techniciens issus de la société civile nommés au gouvernement », n’exclut pas la ministre de la fonction de technicien, indifférente au genre.

Procédé de neutralisation
Reste la question de l’usage du point médian. Outre qu’une telle pratique poserait de graves problèmes aux enfants en âge d’apprendre à lire et écrire, et qu’elle perturbe la fluidité de la lecture, son usage est contre-productif. En effet, dans la longue histoire de la ponctuation, le point indique une clôture et une séparation. Il ne joue donc pas un rôle d’alternance, comme le voudrait l’écriture inclusive.

En revanche, la parenthèse, elle, joue bien ce rôle puisqu’elle signifie mise en facteur commun (comme en mathématique), dans « chèr(e) s collègues ». Le point médian a donc le triple inconvénient de bouleverser graphiquement la chaîne écrite, de troubler l’orthographe, de jouer un rôle autre que celui de marquer l’alternance.

Il est évident qu’il faut éviter toute discrimination dans la façon de parler, car il s’agit bien, non pas de la langue, mais des façons de parler. Cependant, ce doit être en utilisant avec intelligence les ressources et les possibilités qu’offre l’acte de langage, dont le procédé de neutralisation.

Patrick Charaudeau est auteur notamment du 

débat public. Entre controverses et polémique ; Enjeu de pouvoir, enjeu de vérité (Lambert-Lucas, 2017) 
et de 

La Grammaire du sens et de l’expression, (Hachette, 1992, rééditée par Lambert-Lucas en 2018).

Patrick Charaudeau (Linguiste, chercheur au CNRS, professeur émérite à l’université Paris XIII et spécialiste de l’analyse des discours)
 

(09/10/2020 11:05)

07/05/2021 22:16